Justice et Pacificationvendredi, 16 janvier 2009
Olaf Tryggvason, devenu roi de la Norvège en 995, adopta le même dogme lorsqu’il procéda à la conversion de son pays, parfois par le moyen de la persuasion, souvent par la force, quelquefois en tuant ceux qui refusèrent de se convertir. L’exemple le plus frappant – et sans doute le plus connu – de l’application de cette doctrine de la pacification est celui des Croisades, lorsque les dirigeants occidentaux tant religieux que civils s’entendirent à établir la version chrétienne de la pax romana dans les pays musulmans. La même logique de la nécessité d’un christianisme pur pour l’établissement de la paix est à la base des guerres de religion qui ont bouleversé l’Europe pendant plus d’un siècle. Aussi toute évocation de la pacification, même à l’époque actuelle, amène-t-elle naturellement à être prudent quant à la direction que peut prendre un tel processus. Cette réticence naturelle s’explique par le caractère équivoque d’un terme qui peut tout aussi bien faire référence au massacre d’une population rebelle – les morts, c’est connu, sont pacifiques – qu’au processus de paix visant, justement, à réparer le précédent massacre et rendre justice aux victimes. Dans ces cas-là, la pacification s’accompagne d’un certain nombre de processus sociaux qui, dans le cadre de plus en plus professionnalisé de la justice transitionnelle, se traduisent par la responsabilisation des coupables, la recherche et de l’expression de la vérité, d’éventuelles poursuites pénales et, dans certains cas, dans la mise en œuvre d’un système de réparations pour les victimes. C’est donc la logique de la démocratie, de préférence libérale , et des droits de l’homme qui remplace celle du christianisme pur et justifie l’action d’acteurs nationaux et souvent internationaux dans la pacification post-conflit. Mais le caractère séculaire et non religieux de la justification n’en fait pas moins la reconnaissance du fait que les gens ont besoin d’être « pacifiés » et soulève des questions quant à la validité d’une telle approche, particulièrement dans ses rapports avec la justice. Recommandez (19) | Citez cet article sur votre site | Imprimer | Email
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Au début du IVe siècle, dans le diocèse d'Afrique romaine, Donatus, évêque de Cellae Nigrae (Cases-Noires) en Numidie, entra en rébellion ouverte contre l’Eglise officielle, prenant position contre le refus de cette dernière de valider les sacrements par les évêques ayant failli lors des persécutions de Dioclétien (303-305). Cette opposition condamnée en 313 par le Concile de Rome, sera à la base d’une doctrine d’abord schismatique qui durera environ un siècle, avec des réactions mitigées de la part des autorités. A partir de 395 toutefois, Saint Augustin, alors évêque d’Hippone et un des premiers théoriciens de la « guerre juste », partira d’une vision particulière de la paix, conçue comme seulement possible dans le cadre du Christianisme orthodoxe, pour défendre l’urgence de la pacification des donatistes et l’utilisation de mesures impériales répressives contre ces « hérétiques ».















