Opération Civilisationjeudi, 20 janvier 2005
![]() Civilisation Dans un discours prononcé à l'occasion d'un banquet commémoratif de l'abolition de l'esclavage, le 18 mai 1979, Victor Hugo donne le ton : L'Europe a comme mission, la civilisation du monde. Fini, le temps où l'on pensait à réduire, les peuples en esclavage. Cette novelle ère de la colonisation est celle de l'arrachage de peuples incultes et ignorants à la barbarie et l'obscurité. Il proclame, et c'est plus que significatif, « le moment [...] venu ». Et si cette formulation parait résolument présomptueuse - et elle l'est - c'est parce qu'elle procède du fait tenu pour certain par Hugo que la civilisation ne pouvant passer que par l'Europe, il n'y a que l'Europe qui soit capable d'aider les peuples africains à devenir ce qu'ils se doivent d'être. L'auteur des Misérables enjoint dès lors à ses co-régionnaires de se conformer à « leur mission », vu qu'ils ont toujours - même après l'abolition de l'esclavage, s'entend - la même situation responsable et souveraine du progrès vers l'unité, qui est la vie. Il poursuit, prenant la géographie à témoin pour soutenir que ce n'est pas pour rien que la méditerranée - « un lac de civilisation » - « a sur l'un de ses bords le vieil univers et de l'autre univers ignoré, c'est-à-dire d'un côté toute la civilisation et de l'autre toute la barbarie ». Cette formulation lapidaire, qui a largement de quoi surprendre, particulièrement de la part de Hugo, traduit en peu de mots, les préjugés de l'Europe du XIXe siècle. Toujours dans cette même logique voulant que l'expansion coloniale de l'Europe soit avant tout salvatrice, Karl Marx défend la colonisation de l'Inde par l'Angleterre. Tout en reconnaissant son effet destructeur - qu'il justifie d'ailleurs presque -il met l'emphase sur les apports considérables des Britanniques dont une des missions était de poser les fondements matériels de la société occidentale en Asie. Il importe de rappeler ici, la conception égocentriste de l'Europe qui n'entérine de civilisation qu'européenne. Pour parodier une formulation bien connue, pour l'européen du XIXe, hors de l'Europe, il n'y a point de salut. La mission de l'Angleterre en prend, dès lors, une valeur exponentielle. C'est ainsi que Karl Marx prendra le temps de souligner que l'œuvre de régénération a commencé, en Inde, en dépit du paysage de ruines apparent. Et il en apporte la preuve en rappelant les nombreux progrès orchestrés par le gouvernement britannique grâce auquel l'Inde pourra bientôt entrer dans le chœur des peuples civilisés. Pour l'auteur du Manifeste communiste, l'armée indigène « organisée et entraînée par le sergent instructeur britannique » est « la condition SINE QUA NON de l'Inde s'émancipant ». De plus, « la vapeur a mis l'Inde en communication régulière et rapide avec l'Europe », assurant le contact avec les civilisés et subséquemment la civilisation. Il termine sur cette note qui est une précision dénotant les préjugés de tout un continent : « Le jour n'est pas bien loin où [...] la distance entre l'Angleterre et l'Inde, sera réduit à huit jours, et où cette contrée sera pratiquement annexée au monde occidental ». Il y va là, à en croire Marx, de l'émancipation même de l'Inde qui, grâce à ce rapprochement pourra vraiment se réaliser. Le titre de son article est en ce sens plus que révélateur : « Les résultats éventuels (sous-entendu, éminemment positifs) de la domination britannique et Inde ». Voilà qui dit tout. L'Europe du XIXe siècle change définitivement son approche colonisatrice. Les peuples à coloniser ne sont plus des peuples à réduire en esclavage mais à civiliser. L'idée véhiculée alors n'est plus d'asservir mais de contribuer à l'élévation des esprits et à l'épanouissement des peuples dominés. A l'instar de Victor Hugo qui invite l'Europe à prendre l'Afrique, « non pour la conquête mais pour la fraternité ». Qui donc, déjà, disait que toute fraternité est fratricide ? Recommandez (22) | Citez cet article sur votre site | Imprimer | Email
1. 18-06-2008 00:49 Arrogante ignorance! Le misérable discours de M.Hugo traduit une ignorance qui rend arrogant et était facilement mise au service de desseins de domination des autres.L'une des causes les plus significatives des drames de l'Histoire des civilisations est cette incapacité à dépasser son ignorance pour apprendre à connaître l'autre sans que ce ne soit à l'aune de ses propres repères inadaptés. Le progrès dans les méthodes des sciences humaines ainsi que la probité et l'éthique dans les démarches de recherches sont propres à faciliter une meilleure connaissance de l'autre.Cette démarche est à encourager pour éviter que l'ignorance du grand nombre ne soit mis au service des projets critiquables de certains. Surtout l'erreur à éviter (mais qui s'explique !) est de toujours juger l'autre à l'aune de ses propres repères. Par exemple en le qualifiant de pauvre parce qu'il n'a pas des"avoirs pleins ses armoires" ou de sauvage parce qu'il vit différemment et ne partage pas à premières vue vos valeurs. Dans un processus de recherche visant la compréhension effective de son objet d'étude le plus difficile est de se débarasser de cette subjectivité qui en biaise les résultats. Plus que jamais Konesans ka libere ! 2. 18-06-2008 09:45 Humble connaissance " Que pensez-vous de la civilisation occidentale ? " demanda un journaliste à Gandhi peu avant sa mort. Et Gandhi de répondre: " Une civilisation occidentale ?…oui…je crois que ce serait une bonne idée" 3. 18-06-2008 23:56 Humble connaissance Quoi ajouter ? Seuls les utilisateurs enregistrés peuvent laisser un commentaire. Powered by AkoComment Tweaked Special Edition v.1.4 |
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