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Réflexions
Démocratie ou la Mort
Démocratie ou la Mortlundi, 27 avril 2009
Savoir si les démocraties se font ou non la guerre continue à être un débat intense dans l’étude des relations internationales. L’acceptation d’une telle philosophie peut avoir des ramifications importantes sur les politiques adoptées par les dirigeants démocratiques et sur l’avenir de la guerre. Il n’existe cependant pasd’évidences claires la soutenant. Bien sur, les démocraties libérales européennes et nord-américaines de l’après seconde guerre mondiale, et surtout après la chute du mur de Berlin, ne se sont pas fait la guerre, mais il existe beaucoup d’autres raisons sociopolitiques expliquant cette paix régionale au-delà des similarités au niveau des institutions politiques, et la durée de la période est relativement courte. A l’échelle historique, les 45 ans de la guerre froide ou les 20 années depuis sa fin, ce n’est pas si long: il s’est passé 20 ans entre les deux guerres mondiales, 40 entre la guerre franco-prussienne et la Grande Guerre, 55 entre Waterloo et la guerre franco-allemande. Cela n’a toutefois pas empêché certains analystes - Rudolf Rummel ira jusqu'à présenter la démocratie comme une méthode de non-violence - à conclure à la vérification empirique de l’hypothèse de départ. Partant de ce principe, une fois tous les Etats du monde démocratisés, il n’y aurait plus de guerre. Il est donc dans l’intérêt bien compris des démocraties de forcer les autres Etats à devenir démocratiques, en vue d'atteindre à la paix démocratique perpétuelle. Les avantages sociaux et économiques sur le long terme seront tels qu’ils pourront facilement pallier le coût, à court terme, de l’imposition d’un ordre mondial démocratique ; une exception utile à l’obsolescence de la guerre telle qu’établie par John Mueller et compensée par l’output legitimacy, sorte de machiavélisme (moderne) moral. Toutefois, si l’hypothèse est fausse, la justification des regime change n’est plus qu’une question d’intérêts nationaux et ne se distingue donc en rien des guerres traditionnelles. Il n’existe guère de raison de penser que l’imposition d’un changement de régime va altérer le comportement international des pays non-démocratiques. La politique qui est d’ailleurs adoptée dans ces cas-là consiste à imposer un gouvernement en faveur des pays concernés. Qu’ils soient démocratiques ou non ne semble guère pertinent. L’exemple le plus parlant en est sans doute le coup d’Etat du 11 septembre 1973 au Chili où les Etats-Unis remplacèrent le président chilien démocratiquement élu Salvador Allende par le dictateur Pinochet qui en profitera pour installer le climat de terreur de l’Opération Condor avec l’appui de la Central Intelligence Agency. Dans un monde (uni-)multipolaire, dominé par la puissance militaire américaine, ce sont surtout les attentes américaines quant aux changements de régime imposés aux autres pays qui présentent de l’intérêt. Un grand nombre d’interventions militaires et de guerres entreprises par les Etats-Unis d’Amérique, y compris l’actuelle guerre en Irak– désormais classée comme une Overseas Contingency Operation par l’administration Obama - l’ont été, explicitement, au nom de l’idéal d’un ordre mondial démocratique et pacifique. Beaucoup d’Américains croient dans cet idéal. Beaucoup de présidents américains en ont fait un objectif premier de leur politique étrangère ; avec des succès et des échecs aussi fracassants les uns que les autres. L’entrée en guerre des Etats-Unis dans la Grande Guerre est un exemple majeur d’échec total de la théorie. Un succès en Irak pourrait être le contre-exemple parfait et influer grandement sur l’attitude de l’Amérique quant aux rapports entre la démocratisation et la paix. De même, l’émergence d’une Europe relativement unifiée et le développement continu de l’Inde – la plus grande démocratie du monde qui a entamé le 15 avril dernier son périple électoral – laisse penser qu’il faudra peut-être compter avec au moins deux autres puissances mondiales démocratiques dont le potentiel socioéconomique est susceptible de contrer la prédominance militaire américaine. La croyance ou non dans l’hypothèse de la paix démocratique aura un impact important sur la politique américaine à l’égard de ces nouveaux pôles de l’ordre international, étant donné qu’il existe pas mal de disputes plausibles entre l’Amérique, l’Europe et l’Inde. Si les Etats-Unis continuent à croire au caractère foncièrement pacifique des autres démocraties, ils n’auront aucune raison de se préparer à leur faire la guerre. Cette croyance viendrait-elle à se faner, l’Amérique n’hésitera pas à faire la guerre à ses adversaires même démocratiques ; d’autant que the United States today is the only advanced democracy where public figures glorify and exalt the military, ainsi que le souligne fort à propos le professeur Tony Judt, dans un excellent article publié par le New York Review of Books, le 13 avril 2008 et intitulé « What Have We Learned, If Anything?»; et il serait sûrement bien différent le monde où l’Amérique aurait perdu la foi dans la paix démocratique. 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