Accueil
Blog
Réflexions
En quête de pertinence
Blog
Réflexions
En quête de pertinence
En quête de pertinencemardi, 18 novembre 2008
Il est sans doute naturel de se poser la question quant à la prégnance réelle du facteur religieux dans les conflits que l'on nous vend comme tel. Ce qui l'est moins, par contre, c'est de questionner l'intérêt des parties interessées à faire passer un conflit quelconque pour religieux. Le professeur Ghassan Salamé en a fourni aujourd'hui une approche assurément édifiante, qu'étant naturellement généreuse - du moins ces derniers temps - je me réjouis de partager avec vous.
Certains d'entre vous connaissent déjà mon admiration - potentiellement sans limites - pour l'auteur du très fouillé et tout aussi accessible "Quand l'Amérique refait le monde ". Je ne vous surprendrai donc pas en vous avouant combien j'ai été séduite non seulement par son analyse de l'actuelle dé-sécularisation du monde" et de sa réversibilite, mais encore son habile déconstruction du facteur religieux en des aspects plus aisément abordables, dont le langage religieux qui nous intéresse particulierement ici. Partant du cas du Xinjiang, le professeur Salamé invite à questionner le passage de la revendication des Uighurs, du nationaliste au religieux. Il fait le même parallèle avec la Tchétchénie qui, après avoir perdu sa première guerre contre la Russie, va, elle aussi, changer le langage jusque-là nationaliste - avec l'Imam Chamil (!) et, plus tard, en 1980, le général Doudaev - en faveur du religieux. Il est bien sur tentant, de donner raison à Malraux et Kepel et admettre l'effectivité d'une certaine "revanche de Dieu". Toutefois, c'est une explication peu convaincante puisqu'elle ne se donne pas la peine de comprendre les facteurs générateurs de ce changement. D'autant qu'ils sont, pour peu qu'on se donne justement la peine de s'y intéresser, assez évidents. Le tout premier est bien sûr le besoin de rester/devenir politiquement pertinent. De nos jours, le conflit identitaire/religieux a la cote. C'est une façon très commode d'attirer l'attention sur soi. Un mouvement islamiste indépendantiste en Chine a plus de chance d'intéresser les gens qu'un énième mouvement autonomiste dans le Nord de la Chine. Un second facteur est l'attrait du religieux dans un monde global où les religions sont devenues des entreprises se partageant des parts de marché. En s'identifiant à une religion précise, les acteurs du conflit s'assurent la sympathie voire le concours des autres membres de cette religion. Dans le cas de la Tchétchénie ou du Xintiang, cette "profession de foi" s'est traduite par le support de groupes musulmans qui ont fourni ressources humaines (combattants) et matérielles (armes, etc..). Ce besoin de pertinence politique sera aussi instrumentalisée par les Etats pour justifier leur lutte contre les "rebelles"/"terroristes". Sous le couvert de la guerre contre le terrorisme (islamique) international, il sera bien loisible à un Poutine, un , voire un Gbagbo, de criminaliser toute contestation de leur autorité ou celle de leur pays. Le dernier ira même jusqu'à user du caractère "chrétien" de la Cote d'Ivoire - et s'attirer par la même occasion la sympathie de la très forte communauté évangéliste africaine - afin de l'opposer au caractère supposément musulman des rebelles. Résultat: Chacun y trouve son compte. Les mouvements contestataires sont politiquement pertinents et donc visibles et les gouvernements peuvent se présenter comme le chapitre local de la guerre généralisée contre le terrorisme. La boucle est bouclée. Recommandez (8) | Citez cet article sur votre site | Imprimer | Email
Seuls les utilisateurs enregistrés peuvent laisser un commentaire. Powered by AkoComment Tweaked Special Edition v.1.4 |
Menu principalAccueil A propos Blog Activités Ressources gratuites Recherche avancée Nous contacterCoucou
Connexion |






