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Réflexions
Mondialisation marchande et "fin du politique"
Mondialisation marchande et "fin du politique"jeudi, 28 mai 2009
La chute du Mur de Berlin emporta vec elle non seulement l'Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS) mais aussi et surtout une conception concurrente (majeure) de l'économie de marché, à la base de la globalisation (économique) actuelle. Elle donna conséquemment naissance à ce que les Russes qualifièrent de "complexe du vainqueur" dont l'expression la plus célèbre sera celle de la proclamation de de la "fin de l'histoire" par Francis Fukuyama. Cette reprise "moderne" des thèses hégéliennes valurent d'ailleurs à ce dernier de passer du statut de fonctionnaire du Département d'Etat (américain) à celui de philosophe politique incontournable. C'est dire la réalité de la perception, par notre époque, du monde comme radicalement différent. Cette "fin de l'histoire" du fait de la victoire incontestable d'un modèle précis - celui de l'économie de libérale et de la démocratie - se présente sous sa forme pratique dans une mondialisation marchande - ou "globalization" - fondée sur la seule loi du marché et consacrant la fin, à moyen ou à long terme, du politique.Toutefois, à trop vouloir écarter le politique - compris dans son sens primaire de l'administration de la cité, polis - les théoriciens de la fin du politique condament l'économie à répondre à des questions qui ne relèvent pas de sa compétence, avec, pour conséquences naturelles, des résultats proprement désastreux. Le fait est que en ne s'en remettant qu'à la loi du marché, la globalisation conduit naturellement à la tyrannie, selon la logique paascalienne - reprise par Michael Walzer dans sa théorie des sphères de justice - qui veut que la tyrannie soit la possibilité d'obtenir certaines choses par d'autres moyens. La globalisation consacre de fait un "bien dominant" censé permettre d'atteindre toutes les autres sphères. Une position injuste - selon les critères walzériens - dont l'inadéquation se traduit dans son incapacité à résoudre les problèmes auxquels il prétend justement apporter une solution. Cette insuffisance de la mondialisation marchande dans son role de panacée (globale) est évidente dans les échecs constants de ses institutions dans toute tentative de recherche de bien global et le retour de plus en plus acclamé d'un Etat qui n'était jamais parti. Le Prix Nobel d'Economie 2001, Joseph Stiglitz, a longtemps reproché au Fonds Monétaire International (FMI) et à la Banque Mondiale d'empêcher l'Etat de corriger les "imperfections" du marché, dans l'intérêt des citoyens. Ces "imperfections" du marché, il n'est pas seul à les constater. Le prix Nobel d'Economie de 2008, Paul Krugman en a fait autant dans son opus "La Mondialisation n'est pas coupable" où il admet que le libéralisme économique a "perdu son innocence" du fait, entre autres, des rendements décroissants. Car, s'il est vrai que, ainsi que le font volontiers remarquer les tenants de la libéralisation économique, la mondialisation marchande a permis, au Produit Intérieur Brut (PIB) mondial, une croissance phénoménale - 500% - au cours du siècle dernier, cette prospérité fut loin d'être partagée par tous - tant à l'intérieur qu'à l'extérieur des Etats. Peu s'en faut. Selon le FMI, si le PIB mondial a effectivement quintuplé au cours du vingtième siècle, ce fut au prix du creusement des inégalités entre Etats. C'est ainsi que la richesse du quart le plus riche s'est vue sextuplée alors que celle du quart le plus pauvre a moins que triplé. Il y a bien une amélioration de l'Indice de développement humain (IDH) de ce dernier par rapport à celui du premier en 1870 mais elle est due au fait que l'espérance de vie est bien plus grande qu'alors du fait des progrès de la médecine et de l'éducation. La croissance corrigée à l'inflation des pays les plus pauvres est inférieure aujourd'hui à celle des plus riches en 1870. Ainsi, si la durée de vie a effectivement augmenté, cela pas été le cas du niveau de vie, de toute évidence. Cet échec de la "main invisible" du marché n'a d'ailleurs rien de bien étonnant puisque le père même du libéralisme économique, Adam Smith, a conçu sa théorie en fonction des Etats. La crise financière actuelle semble le rappeler, bien à propos, aux adeptes du tout-économie. A en croire, les journalistes, analystes et autres commentateurs de l'actualité politique, nous serions en train d'assister à un retour fracassant de l'Etat qui, à coup de paquet de relande, se serait précipité au chevet de l'économie mondiale en déserrance. Si elle traduit une vision à courte vue, cette "analyse" n'en reflète pas moins la persistance du "complexe de vainqueur" dont souffre le libéralisme économique. S'étant empressée d'enterrer le politique, elle ne peut concevoir l'intervention - l'existence même de l'Etat - que de façon sporadique. Pourtant c'est qu politique que revient le maintien de la stabilité (sociale) dont a besoin l'économie de marché pour fonctionner. C'est au politique que revient la charge de la protection des droits des citoyens et l'institution d'instruments de justice sociale, telle la Sécurité Sociale ou l'Assurance maladie, nécessaires à la cohésion des membres de la société. C'est au politique que revient le maintien d'un environnement sécuritaire garantissant la survie de tous. Ce ne sont pas là des exigences sporadiques, ce sont des responsabilités permanentes. Du reste, en réduisant l'homme à ses besoins - ou à leur satisfaction - la mondialisation marchande néglige des aspects majeurs de la nature humaine, réduisant ses aspirations au consumérisme. De ce fait, elle conduit progressivement à la suprématie de l'homo economicus - sorte d'animal laborans (Hannah Arendt) dont le but ne serait plus que la basse satisafaction de ses besoins matériels, sacrifiant le plaisirs de l'oeuvre et et de l'idéal aux plaisirs (?) plus triviaux du travail et du matériel (cf. La condition de l'homme moderne). Nous conclurons cet article en nous inspirant de l'historien britannique Arnold Toynbee et ses réflexions sur le "destin pathétique" des civilisations. Pour Toynbee, les civilisations seraient enfermées dans une incapacité de voir au-delà d'elles-mêmes, une fois arrivées à maturité et c;est cette incapacité qui amorce leurs déclin. Vu sous cet angle, la proclamation par Fukuyama de la fin de l'histoire viendrait de la croyance que la société occidentale est éternelle et comporterait en elle la fin de la domination occidentale et donc celle de la religion laïque de la démocratie de marché. Toutefois, il ne faut pas voir en cette fin prochaine, la fin de la mondialisation. Résolument incontournable, la mondialisation semble résulter d'un progrès naturel des hommes vers la conscience de leur unité (Bernard Cassen). La question, à laquelle l'économie seule n'est pas capable de répondre, est de savoir comment elle va continuer. La mondialisation marchande conduisant de plus en plus à une standardisation plus ou moins forcée de tout, nous aurions peut-être intérêt à nous rappeler, avec John Passmore, l'auteur du libertaire "The Perfectibility of Man", que l'uniformisation et la standardisation à tout prix ne peut amener à une société juste/parfaite. Il est donc impératif de limiter la mondialisation marchande et cette limite ne peut être que le fait, nous l'avons vu, du politique. Recommandez (19) | Citez cet article sur votre site | Imprimer | Email
1. 28-05-2009 21:58 Mutations... Excellent article Patricia! On a trop tendance à avancer dans des conclusions hâtives en présence d'évènements majeurs. On a trop vite enterré la politique et la Cité elle même au profit de l'économie et du marché. On risque plutôt d'assister à une mutation de la politique et de la forme étatique. Les phénomènes de pouvoir (surtout politiques) ne sont-ils pas consubstantiels à l'Humain? Seuls les utilisateurs enregistrés peuvent laisser un commentaire. Powered by AkoComment Tweaked Special Edition v.1.4 |
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