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Une question d'odeurs

Ecrit par Patricia Camilien
lundi, 28 avril 2008

J'ai reçu par e-mail un pamphlet - d'une trivialité extrême - sur les premiers ministrables de Préval. Certains d'entre-vous l'ont peut-être reçu aussi. Toujours est-il que son contenu m'a amené à discuter d'odeurs avec un ami; ce qui m'a rappelé un excellent ouvrage de Annick Le Guérer, Les Pouvoirs de l'odeur et le Parfum, publié aux éditions Odile Jacob dont je vous offre un extrait:

Nous vivons dans une ère d'aromatisation où l'on parfume tout : les livres, les thés, les cafés, les expos, les cinémas. Comme si, depuis une vingtaine d'années, on redécouvrait l'importance de l'odorat. Pendant des siècles, ce sens-là a été considéré comme inférieur. Freud disait d'ailleurs que pour vivre en société il fallait refouler l'odorat, considéré comme animal, instinctuel, très lié à la sexualité. Sa mécanique est particulière : à la différence de tous les autres sens, l'odorat transmet le message nerveux d'abord à la partie inconsciente de notre cerveau, le cerveau ancien (ou reptilien-instinctif) et le cerveau moyen (mémoire-émotion). Quand on dit par exemple de quelqu'un qu'il est puant, qu'on ne peut pas le blairer, le sentir, le piffer... C'est l'instinct qui parle. Nietzsche, l'un des rares philosophes qui a valorisé l'odorat, se servait de son «flair» pour sonder les âmes et les cœurs et proclamait : «Tout mon génie est dans mes narines.»


De fait, l'odorat joue un rôle capital dans les relations sociales.""Une société totalement parfumée traduit un refoulement de la mort : la mauvaise odeur, c'est le putride. Diffuser des odeurs florales, boisées, épicées qui sont des odeurs de vie, c'est une façon d'oublier que nous sommes des êtres vivants, appelés à la putridité et à la mort. Mais, là encore, tout aromatiser n'est pas nouveau. Cette manie faisait déjà dire à Pline l'Ancien, quatre siècles avant l'effondrement de l'Empire romain, que c'était un signe de décadence. Les Romains, à son époque, étaient tellement épris de senteurs qu'ils parfumaient même leurs chiens, leurs chevaux, leurs chaussures et la plante des pieds. Comble de la décadence annoncée, les soldats parfumaient leurs étendards et mettaient du parfum sous leur casque... Mais, outre le désir inconscient de refouler l'idée de la mort, on peut également voir dans cette démarche une recherche du plaisir, du bien-être qui nous détourne de la «sueur sacrée» du travail.

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